lundi 26 mars 2012

Projets dans le cadre du Centre Norbert Elias

Projets pour des travaux communs avec les anthropologues du Centre Norbert Elias (UMR 8562)


Dans le but de rencontrer les préoccupations de nos collègues du CNE travaillant sur l’anthropologie du politique, je me propose d’orienter mes recherches d’une part vers la question des changements de régime et, d’autre part , de ce que ces changements induisent « au cœur de l’Etat ».

1°) Le XIXe siècle est bien évidemment le siècle des changements de régime politique, particulièrement nombreux en France. Historiens et anthropologues peuvent se rejoindre sur ce terrain là : s’il a été un champ privilégié pour l’affirmation de l’anthropologie politique (Georges Balandier, Anthropologie politique, PUF, 1967), si la question des mouvements révolutionnaires a été au cœur des travaux de toute une génération d’historiens du XIXe siècle (celle de Maurice Agulhon et de Philippe Vigier), l’approche anthropologique par les historiens des changements de régime est encore largement négligée (on notera toutefois les travaux de Thomas Bouchet et les approches faites dans L’histoire des droites, chez Gallimard, et L’histoire des gauches, à La Découverte). Historiens et anthropologues doivent, sur ce thème, poser plusieurs questions :

-       celle de la réception des changements de régime. Quelles sont les réactions lisibles dans la politisation des anonymes ? Comment sont-il vécus ? Quelles actions suscitent-ils ? Quelles attentes ? Quelle indifférence ? Quelle politisation, donc ?

-       celle des mots avec lesquels on en parle, on en rend compte, on les transmet dans les mémoires. Cela, donc, conduit à observer aussi les pratiques des agents de l’Etat (quels discours chez les employés qui travaillent à l’échelon départemental ?)

-       celle des mutations individuelles résultant de ces changements de régime, des adaptations aux situations nouvelles : au cœur de l’Etat, les employés départementaux connaissent des mutations de destins au gré de ces changements, mais quels sont-ils exactement (voir cependant, pour la Bretagne, les travaux de Jean Le Bihan, qui n’ont encore guère fait école)

Ces changements de régime peuvent être observés par différents biais :

-       le choix d’un moment précis (1815)
-       d’un groupe d’individus particulier (destins des employés)
-       de sources spécifiques (mémoires et correspondances)

2°) Le XIXe siècle est aussi le temps d’un nouveau régime mémoriel : à partir de la Révolution et de l’Empire, on entre dans la première ère du témoin, tant se fait pressant le besoin de témoigner des événements mémorables que chacun a pu connaître.

-       le processus de mise en mémoire pour le Premier Empire vient de faire l’objet d’une publication de Natalie Petiteau, Écrire la mémoire, Paris, Les Indes Savantes, 2012

-       il faut maintenant comparer les argumentaires des mémorialistes de la Révolution et de l’Empire avec ceux des hommes et des femmes qui ont rendu compte de 1830

-       il faut aussi faire la comparaison avec les mémoires de la fin du XIXe siècle qui, eux, ne rendent pas forcément compte d’une situation révolutionnaire (ex comtesse Jean de Pange, Comment j’ai vécu 1900…)


Il s’agira de porter attention aux différences :
-       entre témoignages des hommes et femmes célèbres et ceux d’auteurs au nom oublié
-       entre témoignages militaires et témoignages de civils
-       entre témoignages masculins et témoignages féminins

Ces questionnements feront partie de ceux qui seront au cœur de l’ANR que proposera Natalie Petiteau : « Écrire la mémoire, écrire l’histoire », en collaboration avec J-L Chappey (Paris I).

3°) Cette ANR conduira aussi à envisager les changements de régime d’historicité, mais sur un terrain qui éloigne plus encore de la collaboration avec les anthropologues : on se propose sur ce thème de revenir sur la méthode mise en œuvre par les successifs grands historiens du XIXe siècle, notamment Thiers… 

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